It’s Pop! // The curious case of Christina Aguilera

2010 juin 7

La rivale de Britney au tout début des années 2000 a fait du chemin. Christina Aguilera sort en effet aujourd’hui son quatrième album studio après plus de dix ans d’une carrière aussi impressionnante que critiquée, et sans s’être rasé le crâne. Ce nouvel opus, sobrement intitulé Bionic, subit déjà un feu nourri de critiques, qui semblent davantage viser l’artiste et sa campagne de promo que le disque lui-même. Que dire alors de ce projet : ratage, gâchis ou lynchage injuste ?

Tout d’abord, disons que Christina Aguilera s’est très certainement laissé dépasser par son ambition. La blonde platine volontiers vindicative, ultra-féministe et souvent borderline question élégance rêvait de s’offrir un album de pop électro avant-gardiste et puissant, un peu à l’image de Ray Of Light de Madonna. Pour ce faire, elle a convoqué un casting impressionnant de producteurs et d’auteurs-compositeurs venus des sphères les plus hype de l’électro-pop actuelle : Goldfrapp, Sia, Ladytron, Le Tigre, M.I.A., Santigold ou encore Polow Da Don et Linda Perry sont en effet de la partie.

On pouvait donc espérer que de la rencontre des ces univers singuliers et de la forte personnalité de la chanteuse résulteraient de bonnes surprises à défaut de chefs-d’œuvre. Des bonnes surprises, il y en quelques unes, des chefs-d’œuvre beaucoup moins. En effet, on a l’impression que Christina a complètement absorbé les influences de ses collaborateurs, pour faire de l’Aguilera, au lieu de proposer un son réellement nouveau et nourri par ces rencontres artistiques. Ainsi on retrouve beaucoup de similitudes avec l’album Stripped, sorti en 2002. Le premier single Not Myself Tonight rappelle l’énergie outrancière et putassière de Dirrty (premier extrait de Stripped), le très féministe Can’t Hold Us Down trouvant de dignes héritières avec My Girls ou I Hate Boys. Enfin les ballades, un réel point fort pour cette artiste, sont étonnamment sobres et réussies, comme elles l’étaient sur Stripped.

Mais avec 18 titres (24 sur l’édition « deluxe »), cet album est bien trop long et parsemé de chansons médiocres qui desservent les autres. Placer l’excellent Vanity à la toute fin du disque est une erreur flagrante, tant ce titre a un fort potentiel, pourvu que l’on en prenne les paroles au second degré. Les réussites sont souvent uptempo (Desnudate, Elastic Love, My Girls, Vanity) et sont bien équilibrées par les jolies ballades made in Sia que sont You Lost Me, I Am et Lift Me Up.

Bref, avec tout ça on ne sait pas bien ce qu’a voulu faire Christina. Sa tentative de créer un grand album de pop moderne est assez clairement un échec, car l’ensemble ne fonctionne pas. C’est au cas par cas que l’on se rend compte que Bionic comprend d’excellents titres qui prouvent qu’elle n’a pas à rougir face à Gaga, certes plus hype et inventive visuellement, mais pas meilleure musicalement, loin de là. Christina a une voix sensationnelle, qui, lorsqu’elle est maîtrisée (comme sur le sublime bonus track I am « stripped ») fait réellement des miracles. Au contraire on ne comprend pas comment des morceaux aussi mauvais et génériques que Woo-Hoo ou Sex For Breakfast aient pu passer le contrôle qualité avec succès. Surtout quand les titres relégués en « bonus » sont clairement les plus réussis de l’ensemble (Birds Of Prey, notamment).

Dans l’exécution de la campagne de promo enfin, tout est raté. Le clip de Not Myself Tonight est une catastrophe de vulgarité et d’hommages ratés à la Madonna 90s, qui a fait de ce titre pourtant efficace un échec. Le second single annoncé, Woo Hoo aura le même destin à coup sûr. Il est temps de sortir l’une des ballades, comme à l’époque de Stripped, où Beautiful avait sauvé l’album après le désastre commercial que fut Dirrty (pourtant une chanson géniale à l’époque). L’équipe marketing du Chris semble l’avoir compris, l’envoyant chanter You Lost Me sur le plateau d’American Idol, toute en simplicité et envolées vocales mesurées. Ce revirement sera-t-il suffisant pour sauver un album au final assez injustement voué à l’accident industriel ? L’annulation (pardon, le report) de la tournée quelques jours à peine après la mise ne vente des billets, officiellement pour causes d’engagements promotionnels, tend-elle à prouver que l’ère « Bionic » est déjà terminée avant même la sortie de l’album ? Peut-être pas, mais en tous cas au vu de tous ces faux-pas, on peut se demander si Christina Aguilera n’est pas très mal conseillée, en pleine crise d’inspiration ou complètement mégalo… Peut être un peu des trois.

Bionic, où l’album qui aurait été parfait s’il avait comporté 14 titres ; sortie le 8 juin.

Ci dessous, l’album, sans les pires titres et les interludes ridicules à la Janet Jackson…

Découvrez la playlist Bionic avec Christina Aguilera featuring Nicki Minaj
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