Kelis says: dance!

Comme quoi on peut faire un bon album et lui coller une pochette atroce...
Dans le monde merveilleux de la pop music il y a parfois des métamorphoses difficiles à anticiper. Celle de Kelis, je dois bien avouer que je ne l’avais pas vue venir. Pensez donc. Depuis une dizaine d’années, elle incarne avec brio les divas R’n’B décomplexées (et crédibles) dont la discographie déjà bien fournie, quatre albums studio sans compter le nouveau, comporte quelques perles du genre. Des Caught Out There et Good Stuff des débuts, aux tubesques Milkshake et Trick Me, Kelis a exploré avec aisance et naturel différents genres, passant sans encombre de la furie vengeresse à la poupée délurée et sexy.
Pour son cinquième album, Flesh Tone, on peut dire que le changement est plus que radical. Délaissant les rythmes sensuels auxquels elle nous avait habitués, la voilà qui se réinvente en prêtresse électro, grâce à neuf titres dont l’objectif est très clair : faire exploser les dancefloors. Si l’on pouvait craindre le pire de cette collaboration avec notre David Guetta national (qui produit tellement pour tout le monde en ce moment qu’il frise le burn-out à chaque instant), force est d’avouer que l’ensemble est une réussite.
Alors c’est sûr, c’est dance. Point de sucreries de type Trick Me, mais bien une réelle révolution sonique pour l’ex Mme Nas. Galvanisée par la naissance de son premier enfant Kelis lui dédie deux chansons (Acapella et Song For The Baby), et à en juger par les beats en présence, point de baby-blues chez elle.
Dès le premier titre, le bien-nommé Intro, les choses sont claires. « We control the dancefloor », affirme-t-elle en effet à la fin du titre, avant que 22nd Century ne s’enchaîne sur un rythme digne d’une nuit au Razzmatazz de Barcelone. Ah, oui, comme sur le Confessions On A Dancefloor de Madonna, les titres sont mixés de façon à s’enchaîner naturellement. Madonna, parlons-en justement. Le refrain de 4th Of July fait tellement penser à celui de son Hung Up qu’on se demande si c’est un hommage, ou une simple coïncidence. Les deux peut-être.
S’enchaînent ensuite trois pépites absolument irrésistibles à savoir Home, Acapella (le premier single) et Scream. Difficile d’y trouver à redire. C’est efficace, explosif et même côté production, ce n’est pas trop lourd. Une prouesse pour Guetta, il faut bien l’avouer. La touche maîtrisée de Kelis y est sans doute pour quelque chose, car même si elle a délégué la réalisation de son opus, on y sent toujours sa présence et sa poigne. L’ensemble n’est donc pas désincarné, mais pleinement assumé, comme finissent de le prouver Emancipate et Brave, puis Song For The Baby, enfin. Malgré toutes ces bonnes choses, avec seulement neuf titres, le disque est un peu court.
Ce retour s’avère étonnamment sincère et cohérent. Cependant, on peut se demander si cette réinvention n’intervient pas à un moment opportun : après l’échec cuisant de son dernier album Kelis s’est retrouvée sans label et a été signée par Will.I.Am, l’omniprésent frontman des Black Eyed Peas et grand poto de Guetta. Celui-ci a-t-il vu dans sa nouvelle protégée l’occasion d’asseoir la crédibilité du French DJ à l’international après le coup de maître que fut I Got A Feeling l’an dernier ? Peut-être, peut-être pas, en tous cas cette collaboration impensable il y a cinq ans a donné naissance à un l’un des meilleurs albums pop de l’année. Ce qui n’est pas une raison pour se comporter en diva hautaine et peu respectueuse de son public comme ce fut le cas lors de son récent passage parisien… Quand elle n’était pas carrément réticente à chanter lors d’un showcase auquel j’ai assisté, elle s’est permis un retard improbable pour son concert à la Fèche d’Or pour finalement chanter moins d’un quart d’heure… Pas très malin quand on doit vendre des disques. Kelis « control » peut être le « dancefloor », mais le public lui, contrôle ses ventes et donc sa carrière. Il serait peut être bon qu’elle s’en souvienne…
Scream
Home
Acapella
